Journal 3

Dessins / mpf *

Photographies / Denis Fortier /Carole Perrin / Carole Thériault /

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Jeudi 29  juillet…

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Sa signature avait d’abord  été le dentelé des faîtes affûtés d’une forêt de conifères à contre-jour de la brunante d’un couchant nordique.

Puis le sinueux du ruissellement des gouttes de pluie tiède sur la fenêtre fermée d’un chagrin d’amour.

Puis le tremblement et le saccadé du tracé d’une électrocardiographie d’un test fait sous effort.

Puis presque l’aplat de l’horizon des dunes d’un désert de sable blanc.

Puis le trait droit et dur et noir d’un train immobilisé sur la paroi du col d’un glacier.

Puis le pointillé pâle et bleu de pas qui s’étaient enfoncés dans la neige.

Puis la courbe lisse et à peine visible d’un tertre au pied d’une montagne.

Puis le blanc d’une page d’une feuille blanche…

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Mercredi 28 juillet…

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Quel ange, dès les premières lueurs du jour depuis quelques années, me tire chaque matin du sommeil comme on tire à bras le corps et ramène à la surface et à la grève quelqu’un qui allait se noyant ?

Le bain puis après le bain le petit-déjeuner puis la canne et le chapeau de paille et la marche et l’arrêt au dépanneur et puis à la banque et puis…

Projet : Mettre en scène J.S. Bach / Messe BWV 235 /


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Mardi 27 juillet…

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Le lierre qui durant les cinq dernières années couvrait la fenêtre et se faisait rideau végétal a été arraché hier.

Il n’y aurait pas cette année le jeu du vol et des ébats des oiseaux, du bourdonnement des abeilles dans cette feuillée, du bruissement du feuillage sous la brise, du ruissellement et du clapotis de l’eau des orages, du chatoiement des ombres et des lumières du jour.

Il n’y avait maintenant qu’une vue en plongée sur le terne et le rectiligne des allées et venues à vélo ou en voiture des insectes de métal de la termitière humaine et le vacarme médiocre du vide de leurs voix discordantes et de leurs conversations creuses sur le temps qu’il a fait, qu’il fera mais surtout pas sur le temps qui…

« 3 fois passera, la dernière, la dernière
3 fois passera, la dernière y restera ».


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Lundi 26 juillet…

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Pleine lune de Juillet

« 3731, petite avenue de silences »

La montre / Le parapluie / Le puzzle / L’escalier / Le lierre / L’oiseau

Les morceaux commencent à tomber en place…

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Dimanche 25 juillet…

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Bach / Les variation Goldberg / Version pour trio de cordes /

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Ce matin une certaine paix de l’âme, un certain calme du corps et du cœur.

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Hier, assis dans l’escalier sous un ciel de suie grise malgré les prévisions d’ensoleillement de la météo, lecture en diagonale de « The book of longing » de Leonard Cohen , verre d’eau glacée en main, cigarettes aux doigts.

Labyrinthe de l‘écriture.

Puis écoute en fin de journée de musiques d’opéra et puis de jazz
Avant-hier relecture d’une version de « La belle et la bête ».

Ariane et son fil, Ariane et son lamento.

La bête en sa solitude, la bête en son château, la bête en sa forêt.

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Constat : Continuer à espérer mais ne plus attendre.

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Samedi 24 juillet…

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Music of the Gothic Era / The Early Music Consort of London / David Munrow /

Durant la nuit, il y avait eu pluies.
Durant la nuit, il y avait eu rêves.

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Certaines campagnes n’existaient plus que dans ses souvenirs d’enfance.
Il les retrouvait presque intactes dans les plats apprêtés selon les récoltes des saisons.
Hier il avait cuisiné le bouilli des légumes de l’été.
Il avait mangé une pêche mûre à point.
Déjà juillet s’achevait presque.

Août se pointerait bientôt avec sa pluie de Perséides dans la nuit du 12 au 13.

Cet été aurait été de sables, de coups de chaleurs, de lectures d’extraits du journal de H.D. Thoreau, des poèmes de E. Dickinson.

En somme de solitudes plus ou moins petites, plus ou moins grandes tout comme les trois étés précédents et les trois suivants.

Mais il y avait désormais ces mots qu’il écrivait, ce bréviaire de faits banals, ce livre d’heures de faits divers.

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Vendredi 23 juillet…

Silence…

Cristal que vient de faire résonner comme une cloche les cris d’une corneille.

Quelle sera cette journée, ses couleurs, ses parfums ?

Il faisait nuit grise à mon réveil, il fait jour maintenant.

Qui est-il ce « il » qui fait jour et nuit et beau temps et grand vent et neige et pluie et fleurs et fruits ?

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On lui redonnerait bientôt ses étoiles comme on donne à boire à une bête dans les paumes des mains l’eau froide d’une fontaine.

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The Early Music Consort of London / David Munrow / The Art of the Netherlands.

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Jeudi 22 juillet…

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Silences…

Journées de pluies et de brumes donnant l’impression d’être sur les bords d’un océan.

Le presque silence de ce petit matin humide et frais me procure un repos, m’apporte presque une paix semblable à ces couronnes naïves de fleurs sauvages que des enfants tressent avec des foins et des marguerites puis déposent sur l’eau glaçiale d’un ruisseau en un rituel si peu funéraire au soleil éclatant de la mi-temps de l’été sachant que l’offrande franchira tous les obstacles et parviendra ultimement à la mer, là-bas, celle que l’on ne voit pas, celle que l’on n’imagine même pas.

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Music of the Gothic Era / The Early Music Consort of London / David Munrow

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Mercredi 21 juillet…

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Syrinx /Quatuor à cordes de Debussy & Ravel /Introduction & Allegro pour harpe
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Aujourd’hui tiers de l’été est déjà au grenier.

Le temps selon les événements est soi poussière dispersée ou souvenirs accumulés.

La journée s’annonce belle et bleue et blanche sans chaleur excessive.

Le chat couché dans l’ombre entre le paravent et le fauteuil de cuir bat du bout de la queue lorsque je lui parle pendant que j’écris les lignes quotidiennes.

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« Il était parvenu à cet état de la pauvreté presque pure, de celle qui permet le miracle.

Ainsi le cri très lointain d’un goéland fît surgir à ses pieds, immobilisés sur le ciment d’un trottoir brûlant du centre-ville, une plage de l’Atlantique avec ses vagues et sa brise aux effluves iodées. »

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Mardi 20 juillet…

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Études 49 à 60 de Angelo Gilardino / Trascendentia / Cristiano Porqueddu

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Sans réponse d’un @ envoyé il y a quelques temps.

Et c’est bien ainsi.

Nous ne faisons que les rencontres qui nous sont nécessaires et essentielles même lorsqu’elles ne sont qu’accessoires.

La durée importe peu si ce n’est que par sa profondeur.

On émonde un arbre frappé par la foudre il y a quelques jours.

Hier la montagne à son sommet était enveloppée par les nuages.

Symphoniques masses de silences verts et blancs.

Petit crachin sur la ville donnant me donnant l’impression de marcher sur un bord de mer.

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« Il se dit qu’il n’irait jamais à Venise ou en Irlande car il était parfois Venise ou l’Irlande à certaines heures. »

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Lundi 19 juillet…

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Angelo Gilardino / Trascendentia / Cristiano Porqueddu

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La construction était en vacances.

Il pleuvait enfin sur toute cette fièvre et sur tout ce vacarme de la ville et de ses festivals à qui mieux mieux et à la queue leu leu…

Ça lavait tout sur son passage en ce petit lundi matin de même pas le milieu de l’été qui n’avait même pas un mois.

Ça vous faisait couler l’encre des manchettes, des faits divers, des gros titres et même des prédictions de la météo et des prévisions astrologiques.

Il avait emménagé dans ce petit trois et demi il y avait à peine et déjà treize ans avec le strict minimum soit l’essentiel de ce qui restait d’une rupture qui vous permet de survivre tant mal que bien au jour le jour.

Le cœur a parfois, mine de rien derrière la commissure d’un sourire triste en coin, la profondeur des deux kilomètres cubes d’une crevasse du grand Canyon ou des cent dix kilomètres du diamètre du lac lunaire des Tourments.

Il pleuvait enfin après tout ce temps passé mais aussi et surtout sur tout ce temps à venir afin que la ligne d’horizon se dénude et se révèle dans toute sa pureté avec son point de fuite et un oiseau qui en survole paisiblement la courbe bleue et blanche et rose.

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Dimanche 18 juillet…

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Air sur la corde en sol de J.S. Bach

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Hier journée d’orages.

Écoute des œuvres de Samuel Barber / déception.

Je cherche un chant…

Si je ne l’avais jadis entendu je ne le chercherais pas.

On cherche ce qu’on a perdu c’est-à-dire ce qu’on avait déjà trouvé et que l’on a égaré.

À moins qu’il nous ait été volé par je ne sais quelle main basse et glauque, gantée, afin de ne laisser aucune trace ou indice.

Tout à l’heure, à midi, brunch de pendaison de crémaillère.

C’est le troisième été que je traverse en presque totale solitude après les tumultes du théâtre.

Découverte des œuvres de Emily Dickinson. Après Hector de Saint-Denys-Garneau, Marguerite Yourcenar, Marie Noël, Virginia Woolf, Anne Philippe, Christian Bobin voilà une autre rencontre qui répond à la question que je me posais hier:

"Les anges ont-il un ange gardien ?"

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Samedi 17 juillet…

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Les quatuors à cordes de Benjamin Britten / Britten Quartet

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Puis me procurer l’album triple des œuvres de Samuel Barber.

Puis… des silences comme des gouttes de rosée sur le brin d’herbe, la feuille de l’arbre, la corolle de la fleur puis... le soir comme des lucioles d’or dans l’ambre de la brunante du jour… puis les étoiles et le croissant de la lune… pour le rite de l’attente…

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Vendredi 16 juillet…

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Entre ces deux écrits, plus de trente-cinq ans se sont écoulés.

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Des années de silences et de musiques.

D‘errances de toutes sortes.

Maintenant, impression d’arriver enfin à demeure.

Avec tout le grave et le léger que cela comporte.

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Jeudi 15 juillet

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Il est un sans parole oiseau qui arpente le champs sous le couchant lointain de l’automne.

Et le vent d’or le pousse vers plus loin.

À la lisière des monts.

Emportant la compagnie de mon regard qui maintenant pleurs.

Seul.

Automne 1967

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Car et comme il lui était autant de doutes que d’étoiles.

Il lui était autant d’étoiles que de doutes.

Hiver 2003

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